En ce moment on parle dans les médias français de la volonté du gouvernement japonais de fermer ou réduire les sections de sciences humaines et sociales des universités. Si tu n'es pas au courant voilà un petit article du Monde qui explique le phénomène. Cette histoire fait pas mal débat et je suis sûr que tu es toi même indigné derrière ton écran. Étant partisan des sciences humaines, je devrait être révolté et pourtant j'ai décidé aujourd'hui de me faire l'avocat du diable.
En haut "guerre" et en bas "premier ministre Dieu de la mort" ("shinigami" pour les amateurs de manga)
Que ce soit bien clair, supprimer des possibilités d'apprentissage me gène. Mais connaissant la société japonaise, je suis presque sûr que ça ne va pas pourrir l'éducation et il me semble qu'une pseudo bonne idée se cache derrière. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que le rêve de la grande majorité des Japonais c'est de rentrer dans une entreprise après les études et d'y rester jusqu'à la retraite. Ils vont à l'université pour le diplôme (obligatoire pour être salaryman lambda) mais aussi parce que dans 95% des cas, le niveau de la fac japonaise est tellement faible que c'est un bon moyen de s'amuser avant de souffrir. Le lycée c'est très compliqué, tu dois être le meilleur pour réussir les concours des universités prestigieuses. Après la fac, le boulot demande très souvent un investissement énorme. Du coup l'université c'est, avec les premières et les dernières années de ta vie, un bon moyen de profiter un peu.
Autre chose importante à savoir : au Japon tu peux bien souvent faire une licence d'astrophysique et un master de littérature guatémaltèque. Je te laisse imaginer le niveau des étudiants en sortant de là. Mais c'est absolument pas un souci car les gens qui ne font pas partie des meilleurs universités et qui font n'importe quoi dans le choix des spécialisations vont se retrouver employés lambdas dans une entreprise. Sauf que ça entraine un autre problème : le petit Jean-Sushi qui a un diplôme en génie de la terre cuite ne va servir à rien en arrivant dans sa boîte d’assurances. Du coup pendant deux ans tu dois payer un type qui ne fait que servir le café et faire des photocopies et espérer qu'il regarde bien ce que font ses collègues pour apprendre un peu son futur métier.
Maintenant on en arrive à ce que je pense être une des réflexions du gouvernement : "si on obligeait tous ces branleurs de jeunes à apprendre vraiment leurs futurs métiers ? Ça ferait économiser du temps et de l'argent à tout le monde". Mais pourquoi s'attaquer directement aux sciences humaines et sociales alors ? Bah parce qu'il faut bien l'avouer, il vaut mieux la plupart du temps être bon en calcul ou en économie quand tu veux bosser en entreprise. Au final je ne pense pas que ça va changer grand chose, pour cela il faudrait une vraie refonte du système et cette modification ne mérite pas autant de buzz.
C'est l'heure du DU-DU-DU-DUEL !
Autre polémique : la réforme de l'article 9. L'article 9 voté en 1946 dit en gros que le Japon renonce à la guerre ce qui fait de lui l'incarnation du pacifisme. Le gouvernement avait déjà contourné le problème en créant les "forces d'autodéfense" en 1954 pour palier la dissolution de l'armée. Elles servaient surtout à aider les gens en cas de catastrophe naturelle mais avec la réforme de l'article 9 elle va pouvoir intervenir à l'étranger. Le discours officiel c'est de pouvoir répondre aux pressions de la Chine et de la Corée du nord. Ça a fortement réchauffé l'atmosphère, y'a eu des manifestations quotidiennes et même des bagarres (!) au parlement. Moi je pense franchement que c'est une idée à la con. En étant l'image même du pacifisme, le Japon était assuré d'une intervention américaine en cas de souci. Mais ce qui me gène vraiment c'est surtout le côté "j'men branle j'fais ce que j'veux j'suis Abe Shinzô (le premier ministre)". Au moins 50% de la population est contre cette réforme, mais aucun problème le bon vieux Abe continue même si c'est pas très catholique (S n'ayant pas compris cette merveille humoristique je me permets de t'aider un peu : relis bien la dernière phrase).
R.




"le bon vieux Abe continue même si c'est pas très catholique".
RépondreSupprimerNON monsieur, je ne mange pas de ce pain (béni) là...et merde...
Je constate qu'au Japon comme ailleurs on traite les symptômes et pas les causes. Autres lieux, autres mœurs mais pas tant que ça finalement.
Grey détenteur officiel du Eline originel...
Ah pis des bisous les petits lapins quand même hein, et toujours un grand merci de partager votre expérience nippone sur mon téléphone à 00h20 : c'est déjà ça, 10 secondes de bonheur avant que je réalise que ce n'est pas un message pour m'annoncer que ma belle-mère a eu un accident.
RépondreSupprimermerveille humoristique, merveille humoristique, mouais ;-)
RépondreSupprimermerci pour cet éclairage sur des réformes lointaines auxquelles on ne comprend pas grand chose,
tu peux revenir nous expliquer celles d'ici, stp !?
bise
Facile ! On supprime le Latin pour éviter que les Romains n'envahissent l'Armorique.
Supprimer