lundi 22 juin 2015

Agrougroum

       Aujourd'hui parlons peu mais parlons bien. Parlons gangrène, parlons affliction, parlons pourriture guérillero qui salit ce pays si pur, parlons vieux rebelles, parlons parapluies ninjas et parlons Anglais fast food. J'espère que t'as apporté ton masque et ton tuba, je ne voudrai pas que tu te noies dans le flot de généralisation de cet article. Cible verrouillée, mise à feu...

       Et vu que j'aime bien casser les mythes, commençons par les personnes âgées. Comme tu le sais déjà, le Japon est un pays rempli de règles mais aussi un pays qui estime qu'être simplement plus âgé suffit pour pousser les autres à te respecter. Mettons les choses au clair tout de suite, le respect des anciens je comprends très bien. Le souci c'est qu'ici certaines créatures aux multiples printemps pervertissent l'idée en se croyant tout permis. On peut effectivement retrouver ce phénomène en France, mais ici c'est beaucoup plus courant et quand t'es dans un pays où les gens respectent (en général) les règles ça se remarque vachement plus. Tout le monde fait la queue pour prendre le métro, mais grâce à un stratagème perfide ceux que je vais appeler les "dark anciens" te passent devant ni vu ni connu. J'ai aussi eu le coup à la caisse du supermarché une fois. J'aurai bien aimé leurs rappeler les sept péchés capitaux de la grande distribution mais mon Japonais limité et le regard décomposé de l'hôtesse de caisse face à tant d'années passées sur Terre ont eu raison de moi. Je me dois aussi d'évoquer ce raclement de gorge immonde que certains dark anciens mâles font avant de cracher un petit cadeau surprise bien garnit au sol. Les caïds au Japon c'est eux, et malheureusement les personnes âgées très sympas qui peuplent eux aussi en grand nombre ces contrées pâtissent des agissement de leurs cousins éloignés.

Parapluie japonais classique. Remarque ce plastique transparent qui te permet de voir à travers quand tu marches 
(c'est con mais c'est top)

       Passons maintenant à ce qui m'a poussé à écrire cet article : la malédiction des parapluies. Remettons les choses dans leur contexte, au Japon tu peux acheter ton parapluie un peu partout et notamment des les konbinis (les "supérettes" que tu trouves tous les 10 mètres). Les parapluies de bases se ressemblent tous, y'a juste la couleur du manche et du bout qui change (noir ou blanc), la taille et potentiellement deux ou trois gadgets. Mais malgré ça, franchement, ils se ressemblent tous un max. Quand il pleut (en ce moment c'est la saison des pluies alors c'est "assez" souvent), les magasins ou les bâtiments publics mettent à l'entrée au choix de quoi emballer ton parapluie pour pouvoir le prendre avec toi ou un petit truc pour le poser le temps de faire ce que tu as à faire. La première solution est utilisée dans les supermarchés où les autres lieux qui brassent pas mal de clients. Ça consomme un max de protections en plastique et ça finit vite par faire un peu crado, mais c'est une solution qui marche bien.

Pas représentatif des couleurs, visiblement c'était la journée de l'originalité

       La deuxième solution qui semble être bien plus écolo me semblait géniale jusqu'à ce que je sois confronté à cette terrible malédiction parapluitale. Comme presque tout le monde a plus ou moins le même parapluie, c'est facile de se planter et de choper le mauvais. Du coup à chaque fois que je sors par temps de pluie, un abominable individu me vole mon précieux. Là tu vas te dire "pas grave, si c'est tous les mêmes prends en juste un autre". Déjà la simple idée que mon parapluie que je chérissais soit avec quelqu'un d'autre m'attriste, mais en plus quand t'en as un qui s'ouvre tout seul et que tu dois te payer le pouilleux du coin, tu te sens franchement arnaqué. Dernièrement j'ai décidé de le ranger loin des autres pour que le parapluie que j'ai volé à quelqu'un et qui avait déjà dû être volé avant ne soit pas à nouveau volé. Sauf que non, même comme ça il disparaît. Du coup je commence vraiment à explorer d'autres possibilités : les parapluies sont-ils des ninjas capables de fuir sans se faire remarquer ? Si oui où vont-ils ? Existe-il une société secrète qui oeuvre dans l'ombre pour mettre en place une circulation libre et totale des parapluies ? Obi-Wan Kenobi est-il trop vieux pour différencier parapluie et sabre-laser ?


       Un autre truc qui me saoule ici, c'est les Japonais qui pensent qu'un étranger ne peut définitivement pas parler sa langue. J'ai peut-être déjà évoqué ceux qui te parlent physique quantique en Japonais quand ils t'entendent dire "Konnichiwa", bah même si c'est un peu problématique au moins c'est pas insultant. Parce que moi quand un Japonais me répond en Anglais alors que je l'ai abordé en Japonais avec une phrase que j'ai mis dix jours à préparer, j'ai juste l'impression qu'un dark ancien me crache à la figure (ceci n'est pas un désir caché, enfin je crois). Je sais que les touristes américains sont très nombreux (d'ailleurs on y reviendra), mais mince selon les estimations il existe entre 3000 et 7000 langues vivantes dans le monde (héhé je t'en apprends des choses utiles hein ?) pourquoi tu pisses sur mon Japonais pour me parler Anglais ? Surtout que cette situation devient vite ridicule, mon Anglais est limité et celui des Japonais est bien souvent épouvantable et incompréhensible. Mais non, un étranger ne peut pas parler Japonais et est forcément anglophone alors...



R.

1 commentaire:

  1. je reprends enfin le temps de lire vos articles ; toujours aussi instructifs et drôles, c'est pas marrant de se faire chourer son pépin, d'accord avec toi, R ! Quant à essayer de parler la langue du pays et t'entendre répondre en anglais, ça m'est arrivé en Équateur, alors que j'avais fait l'immense effort de sortir une belle phrase en espagnol, c'est rageant d'entendre une réponse en anglais approximatif (même moi j'ai un meilleur accent, c'est dire !).
    Faut (re)lire le livre de Desproges "les étrangers sont nuls", na !
    bisous du Nord caniculaire

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