vendredi 30 janvier 2015

Voyage mystique avec Chewie

     Le très bon commentaire de P m'a fait comprendre quelque chose : la religion en France et au Japon est totalement différente. C'est d'ailleurs tellement visible que mon opinion là dessus à changé depuis que je suis ici. Je me lance donc un défi, tenter d'expliquer aux athées comme moi en quoi la religion est indispensable à la culture japonaise. Pour commencer, je vais te parler des deux religions majoritaires : le shintoïsme (84% des Japonais) et le bouddhisme (71% des Japonais).

Torii (鳥居), marque l'entrée d'un sanctuaire shinto

     Le mot shinto est composé de deux idéogrammes : 神 (divinité) et 道 (le chemin, la voie). Et mine de rien, ça en dit long sur cette "voie des divinités". Pour faire simple, le Japon était rempli de petites croyances locales qui ont été mises à mal par l'arrivée du bouddhisme et son adoption par la cour impériale en 552. Pour éviter qu'elles soient perdus, on les a toutes regroupé et PAF, le shinto est né. Si tu dois retenir un seul truc du shinto, c'est que tout peut être un "kami" (une "divinité" même si les linguistes ne sont pas très favorables à cette traduction). Ton lit peut être un kami, ta morve peut être un kami, et ces horribles insectes qu'on trouve ici peuvent être des kami. Là où le bouddhisme a des temples (寺 tera), le shinto a des sanctuaires (神社 jinja).


     Maintenant, passons au test. As-tu remarqué que le pourcentage que je t'ai donné plus haut était étrange ? Si comme moi tu as un cerveau d'une logique absolue, tu n'as surement pas vu que 84%+71% ne donne pas 100%. Ce n'est pas une erreur, la plupart des Japonais sont à la fois shintoïstes et bouddhistes. Le shinto a été créé pour fonctionner avec le bouddhisme, et le bouddhisme a été japonisé au fil du temps. Tu dois donc bien comprendre que le bouddhisme japonais est assez différent du bouddhisme Indien qu'on connait en France. Ici il possède différents courants dont le zen qu'on utilise pour décrire tout et n'importe quoi chez nous.

Le temple bouddhiste Hôryûji, vachement plus beau que le scolopendre au dessus non ?

     Alors en quoi est-ce différent ? Je pense très sincèrement qu'ici la religion est plus proche de la tradition que de la vraie religion. Oui, il existe des Japonais très religieux. Mais je pense franchement que la plupart font plus ça par habitude que par réelle dévotion. Et c'est exactement ça que je trouve génial ici. Tu peux aller au sanctuaire, jeter une pièce, taper dans tes mains et faire semblant de prier Dieu Mac Donald juste pour faire comme les Japonais, pour impressionner ta copine, pour faire une expérience mystique ou pour te débarrasser de ces pièces de 1 yen qui servent à rien. Même moi, fier athée, je trouve que la religion apporte un vrai plus à la culture japonaise. Et c'est peut être très con à dire, mais j'aime bien faire les rituels juste "comme ça".

Après avoir acheté des morceaux de bois en forme de tête de renard (c'est le sanctuaire du renard), 
on écrit des trucs au dos, on dessine le visage du renard et on l’accroche ici. 
Si tu es amateur de manga tu reconnaîtras le très beau dessin de Naruto.
   
     Y'a des historiens qui pensent que si le christianisme a si peu marché au Japon, c'est à cause de sa volonté expansionniste. C'est surement vrai, mais je pense aussi que le massacre pur et simple des chrétiens à l'époque a pas mal aidé. En tout cas la liberté de culte c'est quelque chose qu'on ressent vraiment ici. Bon après y'a toujours des missionnaires dans l'âme comme les témoins de Jéhovah qui sont venus sonner chez nous la dernière fois. D'ailleurs sonner chez toi pour te parler religion c'est très mal vu ici, tu peux vénérer le Dieu des loutres si tu veux tant que tu viens pas distribuer des tracts dans les parcs animaliers.


R.

lundi 19 janvier 2015

Matsuri, Matsupleure

       Pour rester sur le thème de la fête, j'aimerai parler des "masturi". La traduction française de matsuri est "festival", mais je préfère garder le mot japonais. S en avait rapidement présenté un dans l'article "Journée culturelle" de septembre, moi j'aimerai vous en proposer plusieurs. Parce que oui l'ami, les matsuri peuvent être très, très différent ! Et d'ailleurs, un matsuri c'est quoi ? A la base, c'est une célébration (très souvent) d'origine religieuse qui pousse les Japonais à sortir dans la rue. Les thèmes peuvent être très variés et parfois très étranges pour des français comme nous. Comme le contenu de cet article va être riche en contenu pauvre et pauvre en contenu riche, je vais tenter de me rattraper la semaine prochaine. Si S n'écrit pas, je ferai surement un petit truc sur les religions au Japon (un peu sérieux)  ou sur les absurdités locales (complètement inutile et malveillant). D'ailleurs, si vous avez une préférence, n'hésitez pas à me le dire !  Avant de commencer, je pense qu'il est important de parler géographie pour que tu puisses savoir où les matsuri se déroulent. 




       J'ai mis les villes dont on va parler ainsi que Tokyo et Osaka, les deux plus grandes ville du pays. J'ai aussi pensé que ça pouvait être enrichissant d'ajouter Nagasaki et Hiroshima, deux villes qui nous parlent à tous. Pour plus de clarté et surtout pour plus de style, j'ai attribué une couleur à chaque grande île du Japon.

Awa Odori 阿波踊り


       Commençons par les gros matsuri avant d'attaquer les plus drôles. Je précise que je présente avant tout des matsuri proposant des événements originaux, pas forcément les plus connus. Celui-ci attire du 12 au 15 août à Tokushima plus d'un million de personnes. Les origines sont assez floues, je ne me risque pas à te les expliquer. Il consiste tout simplement à danser dans les rue de la ville. Cette danse "endiablée" est surnommée "danse des fous" à cause de son refrain : "Il y a les fous qui dansent et les fous qui regardent. Tant qu’à être fous, pourquoi ne pas danser !".


Aomori Nebuta Matsuri 青森ねぶた祭り


     Encore un festival avec plusieurs origines potentielles, on zappe ! Ce matsuri a lieu à Aomori (d'où son nom en fait) du 2 au 7 août et attire 3 millions personnes par an. On y fait défiler de grandes figurines en papiers représentant des scènes historiques, des animaux ou d'autres choses sur des chars qu'on balade dans les rues.


Sendai Tanabata Matsuri 仙台七夕祭り


       Rassemble plus de 2 millions de personnes à Sendai du 6 au 8 août. Il existe plusieurs matsuri sur le thème du Tanabata, mais celui-là est de loin le plus connu. D'ailleurs, c'est quoi le Tanabata ? C'est la "fête japonaise des étoiles" qui célèbre la rencontre d'Orihime (l'étoile Vega) et Hiko Boshi (l'étoile Altaïr), deux amants séparés par la voie lactée qui ne leur permet de se voir qu'une fois par an. On fait plein de choses pendant ce matsuri, mais il est surtout connu pour ses décorations "de toute beauté" fabriquées en papier japonais et en bambou qui ornent la ville.


Gion Matsuri 祇園祭


       Peut être le plus connu de tous, il a lieu tout le mois de juillet à Kyoto (le pic se situe entre le 14 et le 17)  et rassemble un paquet de gens (non, j'ai pas trouvé de chiffres...). Il a été instauré en 869 pour lutter contre la peste et les catastrophes naturelles qui secouaient la région. Défilés de chars, vendeurs ambulants, décorations, ce matsuri regroupe un peu de tout.


Sapporo Yuki Matsuri 札幌雪祭り ou festival de la neige de Sapporo


       Du 5 au 11 février (les dates peuvent changer si je ne dis pas de bêtises) à Sapporo et ressemble 2 millions de curieux. L'activité principale est simple : il faut faire des mégas trop supers sculptures en neige. Je vous invite à taper son nom sur Google, les images sont splendides.


Namahage なまはげ


       Là, on tombe directement dans le glauque. Dans la péninsule d'Oga pendant la nuit de la saint Sylvestre, des démons censés enlever la malchance et apporter la bonne fortune se baladent dans les rues en gueulant "Est-ce qu'il y a des mauvais enfants ? Est-ce qu'il y a des enfants pleurnichards ?". Déjà si on s'arrête ici, c'est louche. Mais c'est pas fini ! Ces gens déguisés en démons (et tenant au passage un couteau...) entrent dans les maisons pour trouver des enfants qui pleurent, ce qui ne doit pas franchement être difficile quand on voit la dégaine des types. Les parents doivent alors leur offrir à manger et assurer que l'enfant est et restera un bon gamin pour éviter qu'il soit enlevé. Je sais pas trop si ça apporte vraiment le bonheur aux parents, mais je suis sur que ça ne l'apporte pas aux enfants...


Kanamara Matsuri かなまら祭り


       Le "festival du pénis d'acier" a lieu chaque premier dimanche d'avril à Kawasaki. Autrefois, les prostituées le fréquentaient pour se protéger des maladies vénériennes (oui, ça commence bien). Aujourd'hui, c'est plus devenu le matsuri de la fertilité, de la grossesse qui se passe bien et d'autres trucs dans le genre. La renommé de ce grand rendez-vous culturel existe en grande partie à cause des touristes qui font une fixation dessus. Et on comprends très vite pourquoi ! Les Japonais trimbalent trois poireaux géants comme si c'était des divinités et on offre des sucettes à formes suggestives aux plus affamés.


Onbashira Matsuri 御柱祭り


      Le vainqueur du concours des idées débiles a lieu tous les 6 ans du côté de Suwa. Le but est de descendre une pente en chevauchant sans tomber des énormes troncs pour prouver sa bravoure. Tu la sens bien la grosse idée de merde ? Maintenant que tu connais le principe, tu ne seras pas étonné si je te dis qu'il y a souvent des blessés et parfois des morts.





R.

lundi 5 janvier 2015

Fièvre jaune de la nuit !

      En cette belle période hivernale, une voix mystique est venue me souffler à l'oreille qu'un article qui explique comment les Japonais font la fête serait le bienvenue. Et comme je ne refuse rien à une voix venue d'ailleurs et que je n'ai rien d'autre que cette introduction digne du pire téléfilm de M6... Squalala nous sommes partis !


      Commençons ce rapide voyage par une sombre invention : la bien nommée boîte de nuit. Pour les moins vifs d'entre vous, je précise que les boîtes ne font pas parties de mes divertissements préférés. Mais mon dévouement sans faille et mon courage légendaire m'ont poussé à risquer ma vie en envoyant mes plus fidèles espions se renseigner à ma place. Mes explications reposent donc en partie sur ce qu'ils m'ont racontés, et toutes les imprécisions présentes dans ce paragraphe sont donc bien évidemment à leur charge. Les Japonais sont pas mal branchés boîte de nuit, c'est pour eux un bon moyen de s'éclater le weekend pour se remettre d'une semaine difficile. Ils suffit de voir les jeunes et les moins jeunes complètement morts dans les rues de Shibuya pour s'en rendre compte. Bien loin de son image bien propre sur lui, le Japon se transforme souvent la nuit en zone de guerre. Les lignes de conduite, les règles et la bienséance sont alors sacrifiés sauvagement sur l'autel du divertissement. Mais comme de talentueux journalistes ont déjà pondus une tonne de contenu sur le côté borderline des soirées japonaises, je vais me contenter d'aborder la partie la plus intéressante du sujet : les anecdotes inutiles.

Cette personne est-elle encore vivante ?

      En boîte, il est officiellement interdit de danser après minuit. C'est pas une blague, la responsable est une loi datant de 1948 qui avait pour but de combattre la prostitution. Bien entendu, tout le monde ne respecte pas cette interdiction. Mais toi, bon samaritain, tu dois probablement te demander ce que font les Japonais respectables s'ils ne peuvent pas se déhancher. C'est très simple, ils pleurent dans un coin les oreilles en sang à cause du son beaucoup trop fort.


      On retrouve ce terrorisme sonore dans les pachinkos, les grandes stars du divertissement japonais. Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer les règles, même après renseignement je ne suis pas bien certain de comprendre le principe. L'ami Wiki décrit le pachinko comme un "croisement entre un flipper et une machine à sous". Moi ce que je peux te dire là dessus, c'est que c'est un vrai phénomène de société. Un Japonais sur quatre y joue, et c'est souvent de façon très régulière. On trouve des salles de pachinko absolument partout, et j'ai entendu dire qu'elles étaient souvent tenues par des Yakuzas. D'ailleurs, en parlant d'eux, je vous déconseille de dire leur nom à un Japonais. Ici, c'est pire que Voldemort, même Harry n'ose pas prononcer ce nom. Le pachinko est un jeu d'argent, les gains sont représentés par des petites billes que tu peux utiliser pour continuer à jouer ou que tu échanges contre... des lots ! Oui, des lots, tu gaspilles de l'argent pour gagner une vulgaire peluche Pikachu made in China. Tout ça à cause d'une loi japonaise (encore une !) qui interdit l'échange de billes contre de l'argent. Mais le Japonais est malin, et tu peux donc troquer ta peluche moche contre l'argent qu'auraient du te rapporter tes précieuses sphères.


      Après avoir perdu vos oreilles en boîte ou au pachinko, vous pouvez entraîner votre douce voix au karaoké. Comme pour le pachinko, y'en a partout. Contrairement à ceux qu'on trouve en France, ça se passe pas dans une grande salle commune pour tous animée par DJ Jacky. Ici, tu loues une petite pièce pour toi et tes amis. Pour satisfaire les voix les plus endurantes, tu peux commander à boire et à manger, y'a d'ailleurs souvent un forfait illimité.


R.